PROLOGUE

Ce sentiment étrange s’était, une nouvelle fois, insinué au cœur de son esprit. C’était comme une sensation de désespoir qui se consumait à l’intérieur de la Force, à l’image d’une étoile filante, claire, scintillante et diablement attirante. Jaina Solo laissa traîner son regard à travers le hublot du vaisseau-tribunal et contempla le vide moucheté de bleu qui planait telle une masse gigantesque, partout autour du Centre de Détention Maxsec Huit en forme de cylindre tournoyant. Comme avant, la sensation provenait des Régions Inconnues. C’était une sorte d’appel... mais de qui ? Et pourquoi ? Le contact était bien trop impalpable pour pouvoir le dire.

— Jedi Solo ? (L’enquêtrice s’approcha de la barre des témoins.) Dois-je répéter la question ?

Grande et ferme, avec le crâne rasé et de profondes rides au coin de ses yeux gris, Athadar Gyad avait le maintien rigoureux d’un officier militaire à la retraite. Il était monnaie courante, parmi les médiocres bureaucrates de l’Autorité de Reconstruction, de procéder à de telles affectations. Y compris lorsque la seule et unique note inscrite sur leurs états de service revêtait la forme d’un misérable ordre de conscription planétaire vieux de plusieurs décennies.

— Quand vous êtes montée à bord du Dame de la Nuit avec le Jedi Lowbacca et…

— Pardonnez-moi, Madame l’enquêtrice. Mais j’ai bien entendu votre question.

Jaina se tourna vers l’accusé, un Yaka massif doté d’un visage presque humain et totalement dénué d’expression. Il arborait un crâne d’Ithorien gravé à même le revêtement latéral de son implant cybernétique.

— L’équipage de Redstar a tenté de nous détourner.

Un éclair d’impatience zébra dans les yeux gris de Gyad.

— Ils vous ont attaqués avec leurs blasters, c’est bien ça ?

— Oui.

— Et croyez-vous qu’il était nécessaire de vous défendre avec vos sabres laser ?

— Au risque de me répéter, oui.

Gyad demeura un instant silencieuse, invitant tacitement son témoin à préciser sa pensée. Mais Jaina semblait davantage intéressée par cette sensation de grand désespoir qu’elle percevait au cœur de la Force. Une sensation qui grossissait encore et encore. Un sentiment d’urgence mêlé d’effroi.

— Jedi Solo ? (Gyad fit face à Jaina, l’empêchant de regarder hors de la salle d’enquête.) Voulez-vous bien focaliser votre attention sur moi, je vous prie.

Jaina jeta un regard glacial à son interlocutrice.

— Je croyais avoir répondu à votre question.

Gyad eut un mouvement de recul quasi imperceptible, mais elle poursuivit son interrogatoire comme si de rien n’était.

— Quels vêtements portiez-vous au moment des faits ?

— La grande cape, répondit Jaina.

— Celle des Jedi ?

— Ce n’est rien de moins qu’une grande cape. Les Jedi ne portent pas d’uniforme, reprit-elle.

— Vous n’insinuez tout de même pas qu’un meurtrier à la solde des services de renseignements de Redstar puisse ne pas reconnaître… ?

Gyad chercha à mieux formuler sa question. Les enquêteurs judiciaires étaient censés faire preuve d’impartialité. Même si, dans les faits, la plupart limitaient leurs effets en fournissant suffisamment de preuves pour envoyer l’accusé sous les verrous.

— Suggérez-vous que l’équipage vous a délibérément pris pour des pirates, Jedi Solo ?

— J’ignore ce qu’ils ont cru, rétorqua Jaina.

Gyad plissa les yeux et étudia Jaina silencieusement. En dépit du conseil de Luke Skywalker, exprimé après la guerre, d’éviter d’impliquer les Jedi dans les affaires courantes du nouveau gouvernement, la grande entreprise de reconstruction de la galaxie avait fini par contraindre la plupart des membres de l’ordre à passer leur temps à régler les affaires des autres. Quant aux conséquences, elles s’avéraient beaucoup trop désastreuses pour l’Alliance Galactique. C’est pourquoi les bureaucrates de l’Autorité de Reconstruction considéraient aujourd’hui l’ordre Jedi comme une sorte de service d’élite affilié à la police interstellaire.

— J’étais trop occupée à combattre pour sonder leurs pensées, finit par déclarer Jaina.

Gyad poussa un soupir théâtral.

— Jedi Solo, est-il vrai que votre père a autrefois gagné sa vie en tant que contrebandier ?

— C’était bien avant ma naissance, enquêtrice. (La réponse de Jaina provoqua une série de petits rires étouffés en provenance de la tribune, où deux de ses compagnons Jedi, Tesar Sebatyne et Lowbacca, avaient pris place.) Et puis, en quoi les ex-activités de mon cher père sont-elles liées au prix de l’épice sur Nal Hutta ?

Gyad se tourna vers les membres de la commission d’enquête.

— Pouvez-vous lui ordonner de me répondre, je vous prie…

— Tout le monde connaît la réponse, l’interrompit Jaina. On l’enseigne dans la moitié des cours d’histoire de la galaxie.

— Bien évidemment. (L’enquêtrice prit un ton volontairement compatissant et pointa du doigt le captif Yaka.) Serait-il possible que vous vous identifiiez à l’accusé ? Que vous soyez réticente à témoigner contre lui à cause de la relation pour le moins ambivalente de votre père envers la loi ?

— Non. (Jaina empoigna la barre des témoins. On aurait dit qu’elle allait plier le métal froid.) En cinq ans, j’ai capturé trente-sept seigneurs de guerre et démantelé plus d’une centaine de réseaux de contrebande…

Soudain, le sentiment de désespoir se fit encore plus violent au cœur de la Force. Une sensation encore plus palpable et familière. Jaina laissa à nouveau traîner son regard en direction du hublot, sans même prendre le temps de finir sa phrase.

 

— Attendez.

Tahiri Veila tendit le bras et les deux Yuuzhan Vong qui lui faisaient face se turent instantanément. Les deux groupes de spectateurs l’observaient avec avidité mais elle garda son calme et plongea son regard dans le ciel bleu azur de Zonama Sekot. Au cours de ces dernières semaines, elle avait commencé à ressentir comme une sorte de prémonition lointaine dans la Force. Une menace lancinante qui semblait désormais se muer en quelque chose de plus… Un sentiment d’angoisse, de panique et de désespoir.

— Quelque chose ne va pas, Jeedai Veila ? demanda le plus petit des orateurs. Borgne et le visage tout cabossé, il était l’un des membres des Affranchis, une sous-classe entièrement défigurée, anciennement connus sous le nom des Honteux. On les nommait ainsi depuis qu’ils s’étaient dressés contre leurs oppresseurs de classe supérieure, afin d’aider à mettre fin à cette guerre qui avait failli exterminer les Yuuzhan Vong et la galaxie civilisée.

— Oui. (Tahiri força son attention sur le groupe. Avec leurs yeux ornés de bleu et leurs visages tannés, ils lui semblaient bien plus familiers que cette femme aux cheveux blonds qu’elle croisait chaque matin devant son miroir. Ce qui n’était pas surprenant, sachant ce qu’elle avait subi durant la guerre. Elle était aujourd’hui autant Yuuzhan Vong qu’elle était humaine, du moins mentalement.) Mais cela n’a rien à voir avec ce dont vous parlez. Poursuivez.

L’Affranchi – Bava, se souvint-elle – s’agenouilla et vint se mettre à sa hauteur.

— Comme je le disais, Jeedai Veila, Sal Ghator et ses guerriers ont été pris en flagrant délit en train de voler dans nos jardins, à quatre reprises cette semaine.

Tahiri redressa la tête.

— Vos jardins, Bava ? (La’okio était censé être un village communal, une sorte d’expérience vivante où les diverses castes belliqueuses de la société Yuuzhan Vong devaient apprendre à travailler ensemble… et à se faire confiance.) Je croyais que les jardins appartenaient à tout le monde.

— Nous autorisons chaque grashal à posséder son propre lopin de terre. (Bava adressa un sourire méprisant à Ghator.) Mais les guerriers sont trop paresseux pour s’occuper de leurs terres. Ils préfèrent que nous le fassions pour eux, reprit-il.

— C’est impossible ! s’écria Ghator. (Il faisait une demi-taille de plus que Tahiri, devait bien peser trois fois son poids et arborait toujours ses tatouages et scarifications d’ancien subalterne.) Nous sommes maudits des dieux. Rien de ce que nous plantons ne poussera.

Tahiri réprima un soupir.

— Ne me dites pas que vous vous êtes de nouveau réunis en castes ? Vous êtes censés vous mélanger.

Tandis qu’elle s’exprimait, Tahiri sentit la présence familière d’une Chadra-Fan au cœur de la Force. Celle-ci semblait chercher à savoir si, elle aussi, percevait cette sensation de plus en plus puissante.

Tahiri focalisa ses pensées sur cette peur mystérieuse. Tekli ne naviguait pas encore très bien dans la Force et Tahiri ne put entendre qu’un minuscule chuchotement, semblable à un petit coup de clairon. Aucune d’entre elles n’avait tenté d’entrer en contact avec leur sœur d’armes Danni Quee. Bien qu’elle maniât parfaitement la Force, cette dernière ne semblait pas en mesure de percevoir quoi que ce soit.

— Les grashals ne doivent pas se mélanger. C’est impur, dit Ghator. On ne peut pas demander aux guerriers de dormir dans la même saleté que les Honteux.

— Les Honteux ? s’exclama Bava. Nous sommes des Affranchis. Nous dévoilions la folie meurtrière de Shimrra à toute la galaxie quand les guerriers s’évertuaient encore à nous plonger dans le chaos.

Le liseré bleu qui cerclait les yeux de Ghator se fit plus large et sombre.

— Surveille ta langue, raal. Si tu ne veux pas que son poison te foudroie.

— Il n’est aucun poison lorsqu’il s’agit de la vérité. Bava lança un regard furtif à Tahiri et déclara avec un petit sourire méprisant : C’est vous les Honteux, maintenant !

D’un geste brusque, Ghator fit basculer Bava dans l’herbe. Son action fut si rapide que même Tahiri ne put la stopper. Les Yuuzhan Vong auraient toujours une méthode bien à eux pour régler leurs différends. Méthode que ni Danni Quee, ni Tekli, ni même Zonama Sekot en personne, ne comprendraient jamais totalement.

Bava mit un terme à sa cabriole improvisée et fixa Tahiri de son seul œil valide. Elle l’observa à son tour, mais ne fit rien. Ayant quitté leur statut de parias grâce à leurs efforts en faveur de la paix, les Affranchis n’aspiraient désormais qu’à une chose : rallier une nouvelle caste. Tahiri songea un instant à leur remémorer les conséquences de tels comportements. Mais, la sensation gagnait en puissance et en clarté ; Tahiri avait l’impression que celle-ci provenait de quelqu’un qu’elle connaissait. Quelqu’un qui avait tenté de lui faire signe, ainsi qu’à Tekli, depuis déjà un bon bout de temps.

Viens vite… La voix se fit plus forte dans l’esprit de Tahiri. Une voix claire, nette et étrangement familière. Viens. Maintenant.

 

Les paroles semblaient s’évanouir, et ce, même si Jacen Solo était toujours en mesure de les percevoir. Elles coulaient sous le seuil de sa conscience et disparaissaient dans les sous-couches marécageuses de son esprit. Pourtant, le SOS était bel et bien réel. Jacen en était convaincu. Il était temps désormais de répondre à cet appel qu’il n’avait cessé de percevoir au cours des dernières semaines. Il déplia ses jambes – il avait adopté la position du tailleur en apesanteur – et reposa les pieds à l’intérieur du cercle de méditation. Quelques claquements se firent entendre lorsqu’il foula les minuscules plantes de blada qui jonchaient les pavés.

— Je suis désolé, Akanah, mais il me faut partir.

Akanah lui répondit, sans même ouvrir les yeux.

— Si tu es désolé, Jacen, alors tu ne dois pas partir.

C’était une femme de petite taille avec les cheveux noirs et le teint olive. Malgré ses cinquante ans, on aurait dit qu’elle était du même âge que Jacen. Elle était assise en apesanteur au centre du cercle de méditation, entourée de jeunes élèves qui tentaient de l’imiter, avec plus ou moins de succès.

— Ta peine prouve que tu ne t’es pas suffisamment impliqué dans le Courant.

Jacen acquiesça, puis s’inclina en signe de remerciement.

— Dans ce cas, je ne suis pas désolé. (L’appel s’intensifiait au cœur de la Force, aussi vif et piquant qu’un coup d’aiguille en pleine poitrine.) Et je dois absolument partir.

Akanah finit par ouvrir les yeux.

— Et que fais-tu de ton entraînement ?

— Je vous suis infiniment reconnaissant pour tout ce que vous m’avez enseigné jusqu’ici, dit Jacen en lui tournant le dos. Je le reprendrai à mon retour.

— Non. (Tandis qu’elle haussait le ton, la porte de sortie du cercle de méditation disparut derrière un mur recouvert de plantes grimpantes.) Je ne peux autoriser une telle chose.

Jacen fit demi-tour et l’observa.

— Vos illusions ne sont pas nécessaires. Si vous ne voulez pas que je revienne, alors je ne reviendrai pas.

— Je souhaite surtout que tu ne nous quittes pas. (Akanah reposa, à son tour, ses pieds sur le sol. Elle s’était immergée si profondément à l’intérieur du Courant Blanc que les plantes de blada, pourtant si délicates, n’éclatèrent pas sous son poids.) Il est trop tôt. Tu n’es pas encore prêt.

Jacen tenta, en vain, de dissimuler son impatience. Après tout, il avait volontairement titillé la Fallanassi.

— J’ai déjà validé de nombreux entraînements, Akanah. Et j’y ai appris que les ordres ne sont pas immuables.

— Je ne te parle pas de mages et de sorcières, Jacen Solo. Je te parle de toi. (Ses yeux sombres plongèrent dans ceux du jeune homme.) Tes sentiments au sujet du SOS ne sont pas clairs. Quelqu’un t’appelle à l’aide et tu y vas sans même savoir pourquoi.

— Alors, vous le ressentez, vous aussi ?

— Non, Jacen. Tu navigues dans le Courant aussi gauchement que ton cher oncle. Tes sentiments y laissent des ondulations. Et ces ondulations peuvent être perçues. Est-ce que cet appel provient de ton frère ?

— Non. Anakin est mort pendant la guerre.

Cela faisait huit ans maintenant, et Jacen pouvait enfin dire ses mots en les acceptant, reconnaissant que le décès de son frère avait servi la Force. Sa mort avait même constitué le grand tournant de cette maudite guerre, l’instant décisif où les Jedi avaient enfin appris à vaincre les Yuuzhan Vong… et ne pas devenir eux-mêmes des monstres.

— Je vous en ai déjà parlé.

— Oui. Mais est-ce lui ? (Akanah se rapprocha de Jacen et ce dernier emplit ses narines des senteurs de plantes waha qui poussaient dans les étangs du temple.) Lorsque quelqu’un s’immerge dans le Grand Courant, un cercle d’ondulations forme comme un sillon. Ce sont peut-être les ondulations que tu perçois.

— Il n’empêche que ce que je ressens est bien réel, coupa Jacen. Parfois, l’effet est la seule chose que l’on connaisse de la cause.

— Te souviens-tu seulement de mes enseignements pour pouvoir mieux te jouer de moi ?

Akanah tendit la main vers Jacen, comme pour lui pincer l’oreille mais ce dernier la bloqua aussitôt. Elle secoua la tête, dépitée.

— Tu es vraiment un élève infernal, Jacen Solo. Tu écoutes mais tu n’apprends pas.

Ce reproche, Jacen l’avait maintes fois entendu durant ces cinq années passées à chercher à apprivoiser la vraie nature de la Force. Les Jensaarai, les Aing-Tii, même les Sorcières de Dathomir… Eux aussi lui avaient dit la même chose, et bien souvent, au moment où ses questions au sujet de la Force devenaient trop pénétrantes. Mais Akanah avait encore plus de raisons d’être déçue par Jacen. Lui assener un nouveau coup aurait constitué un anathème pour n’importe quel Adepte du Courant Blanc. Akanah n’avait fait que lever la main. C’est Jacen qui avait interprété son action comme une attaque.

Ce dernier inclina la tête.

— J’apprends, mais parfois lentement.

Il songea aux deux fois où il avait vu apparaître son frère mort. Une première fois sur Yuuzhan’tar, lorsqu’une bête des cavernes avait essayé de le berner en l’attirant au fond de sa gorge. L’autre, sur Zonama, quand Sekot s’était fait passer pour Anakin alors qu’ils discutaient.

— Vous pensez que je donne forme à cet appel ? Que j’impose ma propre conviction au sujet des ondulations que je ressens ?

— Ce que je pense n’a pas d’importance, dit Akanah. Apaise-toi, Jacen et vois ce que tu perçois vraiment dans le Courant.

Jacen ferma les yeux et s’ouvrit au Courant Blanc exactement comme s’il s’était ouvert à la Force. Akanah et les autres Adeptes enseignaient que le Courant et la Force étaient deux entités séparées. Ce qui était vrai. Mais seulement dans le sens où n’importe quel courant est différent de l’océan dans lequel il s’écoule. Dans leur complétude fondamentale, les deux ne faisaient qu’un.

Jacen exécuta un exercice de relaxation appris auprès d’Auditeurs Théran et se concentra sur l’appel. Celui-ci était toujours là : un cri si cinglant qu’il en faisait mal. Jacen reconnaissait la voix. Et pourtant, impossible de l’identifier… Viens… A l’aide… Une voix masculine. Mais pas celle de son frère.

Et puis, il y avait autre chose. Une présence familière que Jacen connaissait. Quelqu’un qui percevait l’appel en même temps que lui.

Jaina.

Jacen rouvrit les yeux.

— Ce n’est pas Anakin… ni ses ondulations.

— Tu en es sûr ?

Jacen fit oui de la tête.

— Jaina l’entend également. (C’était, il le savait, ce que sa sœur cherchait à lui dire. En tant que jumeaux, ils avaient toujours été très liés, et cela n’avait fait que s’amplifier au cours de ses dernières années d’errance.) J’ai l’impression qu’elle a l’intention d’y répondre.

Akanah ne parut pas convaincue.

— Je ne ressens rien.

— Vous n’êtes pas son jumeau. (Jacen fit demi-tour et passa au travers du mur fictif qui cachait la sortie, avant de se faire bloquer le passage par Akanah – ou son mirage.) Je vous en prie, donnez l’ordre aux Pydyriens d’affréter mon vaisseau. Je souhaiterais partir dès que possible.

— Désolé, mais la réponse est non. (Leurs regards se croisèrent une nouvelle fois.) Tu disposes des mêmes pouvoirs que ton oncle. Mais il te manque la lumière. Tu ne peux t’en aller avant de l’avoir trouvée.

Bien que piqué à vif, Jacen ne sembla pas surpris de l’opinion d’Akanah. La guerre contre les Yuuzhan Vong avait contraint les Jedi à s’immerger encore plus profondément dans la Force – au risque de ne plus clairement différencier le côté lumineux du côté obscur – et Jacen avait appris, avant sa venue, que la Fallanassi en était quelque peu perturbée. Voilà pourquoi il le lui avait caché… enfin, le croyait-il.

— Pardonnez-moi si je vous déçois, dit-il. Mais je ne considère plus la Force en terme de lumière et d’obscurité. Elle englobe bien plus que ça.

— Nous sommes en effet informés de cette « nouvelle connaissance » des Jedi, lâcha Akanah sur un ton de dédain. Et mon cœur est triste de voir que leur sottise égale aujourd’hui leur arrogance.

— Leur sottise ? (Jacen n’avait pas l’intention de discuter, mais en tant que premier défenseur de cette compréhension nouvelle, il se sentit obligé de défendre son point de vue.) Cette sottise, comme vous dites, nous a aidés à gagner la guerre.

— Oui, mais à quel prix, Jacen ? (La voix d’Akanah se fit douce à nouveau.) Si les Jedi ne regardent plus en direction de la lumière, comment pourraient-ils la servir ?

— Les Jedi sont au service de la Force, rétorqua Jacen. Et la Force englobe à la fois la lumière et l’obscurité.

— Tu insinues que tu te situes au-delà de la lumière et de l’obscurité ? Au-delà du Bien et du Mal ? demanda Akanah.

— Je ne suis plus un Chevalier Jedi en activité, répondit Jacen. Mais oui, c’est ce que je pense.

— Mais, Jacen, ne vois-tu pas la folie derrière tout ça ? (Le regard d’Akanah s’assombrit.) Ne perçois-tu pas l’arrogance d’une telle opinion ?

Selon lui, la Fallanassi avait une vision de la moralité pour le moins étroite d’esprit, mais il préféra ne pas réagir. L’appel résonnait de plus belle à l’intérieur de lui, le pressant de partir. Et Jacen n’avait pas de temps à perdre à débattre inutilement.

— Les Jedi ne servent que leurs propres intérêts, poursuivit Akanah. Ils sont suffisamment sûrs d’eux pour croire qu’ils peuvent user de la Force au lieu de s’y soumettre. Et à cause de cet orgueil, ils ont engendré plus de souffrances qu’ils n’en ont épargné. Sans la lumière pour te guider et ce pouvoir que je sens en toi, je crains, Jacen, que tu n’en causes encore plus.

La franchise de ces mots eut l’effet d’une déflagration. Moins pour leur dureté que pour l’inquiétude sincère qu’ils impliquaient. Akanah se faisait vraiment du souci pour lui. Elle craignait réellement qu’il devienne encore plus monstrueux que son grand-père, Dark Vador.

— Sachez, Akanah, que votre inquiétude me touche. (Jacen voulut prendre ses mains dans les siennes mais tout ce qu’il saisit fut du vide. Il résista à la tentation d’aller chercher son véritable corps à l’intérieur de la Force ; les Adeptes du Courant Blanc considéraient cette pratique comme une intrusion particulièrement violente.) Mais ce n’est pas ici que je trouverai ma lumière. Je dois partir.

Le Roi des Affiliés
titlepage.xhtml
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_000.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_001.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_002.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_003.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_004.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_005.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_006.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_007.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_008.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_009.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_010.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_011.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_012.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_013.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_014.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_015.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_016.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_017.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_018.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_019.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_020.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_021.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_022.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_023.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_024.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_025.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_026.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_027.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_028.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_029.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_030.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_031.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_032.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_033.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_034.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_035.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_036.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_037.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_038.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_039.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_040.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_041.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_042.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_043.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_044.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_045.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_046.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_047.htm
Nid Obscur [1] - Troy Denning - Le Roi des Affilies_split_048.htm